Libérée, délivrée !

Dans la rue, un petit garçon de 4 ou 5 ans et sa maman arrivent à ma hauteur sur le trottoir.

Lui : Tu sais maman, moi j’ai pas l’habitude de vivre en liberté.
Moi : Hahahaha !!! (pas pu me retenir)

La maman, super gênée, me jette un regard à mi chemin entre le « Hahaha qu’est-ce qu’on rigole » et le « Pitié, dites-moi que vous n’avez pas VRAIMENT entendu ! ».

La maman : Hein ? Mais enfin, pourquoi tu dis ça ?
Lui : Parce que c’est vrai. D’habitude je vis plutôt dans l’appartement.

 
Dans la même rue, une semaine plus tôt, j’ai croisé une petite fille du même âge qui courait sur le trottoir, bras grands ouverts et gilet dans le vent façon cape, en chantant/hurlant :

– Libéréééeeeeee, délivréééeeee !! Je ne mentirai plus jamaaaaaaais !

Donc, apparemment, chaque samedi, à Gambetta, les gens relâchent les enfants qu’ils séquestrent pendant la semaine.

Y VIVA ESPAÑA !

Espagne

 

L’avantage quand on passe l’épreuve de LV2 au Bac, c’est que ça ne peut que rapporter des points. En théorie, pas de stress donc.
En théorie. Parce que, bien entendu, en bonne angoissée que je suis, je me sens à peu près aussi bien que si je jouais la vie de ma famille sur 7 générations sur le commentaire d’une planche de Mafalda (j’ai donc pris espagnol, oui).
Le jour J arrive enfin. Réveillée depuis l’avant veille, j’ai eu le temps de vérifier 85 fois que j’ai bien ma carte d’identité et ma convocation.

7h45.
En arrivant au lycée, je n’en mène pas large mais au moins je suis à l’heure. La bonne nouvelle, c’est que je ne suis pas la seule à être un peu tendue . On discute, on plaisante, on se parle des textes sur lesquels on espère ne surtout pas tomber. On essaie de garder les yeux ouverts, aussi (7h45 tout de même…)
Et l’heure tourne…

9h.
Personne. À part nous. Et ceux convoqués un peu plus tard et qui commencent à arriver. On n’a aucune idée de ce qui se passe mais on essaie de rester concentrés.
Et l’heure tourne encore…
Moi qui n’étais pas hyper bien réveillée, au moins ça me laisse le temps de me remettre d’aplomb.
J’ai le temps d’aller chercher un café, vous croyez ?

10h.
C’était bien la peine de se lever avec les poules ! On est désormais un bon gros troupeau à roder dans un couloir au fin fond du lycée… On n’a toujours pas de nouvelles. Et bien entendu, personne n’a prévu de jeu de cartes. On est à « ça » de lancer une partie de 7 familles avec nos  cartes d’identité.
Par contre, on n’est plus trop tendus, du coup.. Forcément…
Quelqu’un a de la monnaie ? Je pense que je vais me prendre un 3e café… Je suis plus que bien réveillée mais ça passera le temps…

11h.
Quelqu’un a pensé à appeler les hôpitaux du coin ? Juste au cas où…
Non merci, plus de café. En revanche, quelqu’un a un truc à manger ?
Tiens, regarde, je sais faire le poirier contre un mur.
Et toi, tu as compté combien de carreaux de carrelage entre la porte d’entrée et la salle de cours ? Ah ouais ? Moi, 54. Viens, on recompte.
Faut que j’aille aux toilettes. Si quelqu’un arrive, vous criez ?!
T’étais convoqué quel jour toi ?
Vraiment personne n’a un truc à manger ?!? Ah cool, des michokos, merci !

12h
Non je ne suis plus stressée du tout, J’AI FAIM ! Le mec a intérêt de se pointer avec une paëlla !!!!
Ah…. Bonjour monsieur….

– Désolé, votre examinateur est malade et le temps qu’on me prévienne et que j’arrive…
– C’est pas grave (c’est un Twix qui dépasse de votre poche ?! Je vous préviens, je ne suis pas du tout en état de plaisanter avec ça !!).
12h30.
– C’est à vous.
– Ah chouette (ÇA NE FAIT JAMAIS QUE 4h45 QUE J’ATTENDS !!)
– Comme vous avez beaucoup attendu, ce qu’on va faire c’est que vous choisissez 2 textes dans votre liste et je vous interroge sur l’un des 2. Ok ? Et je vous donne la note tout de suite.
– Heu…. Ok. Alors…. Ces 2 là (D’un coup, je regrette un peu moins l’attente).
Sur les 2, il choisit mon préféré : l’histoire d’un papi qu’une famille abandonne à l’hôpital pour partir en vacances, qui se fait jeter et qui finit par se réfugier dans un ciné porno (étrange mais drôle).
Je mène ma présentation à peu près comme je veux. Je suis plutôt contente. Soulagée. (Affamée aussi) Plus qu’à répondre aux questions.
L’examinateur réfléchit un moment. Un assez long moment (je pense que des gens sont morts de faim dans le couloir entre temps).
Et il me pose enfin une question. Une seule question. LA QUESTION :

– Que pensez-vous de la vie sexuelle des personnes du 3ème âge ?
– …. (yeux de poisson lune un peu halluciné)… Heu… Que…. Que s’ils peuvent encore et qu’ils en ont envie, c’est bien.
– Vous avez raison. Merci. Vous avez 18.

Y VIVA ESPAÑA !

Oeil de lynx

Vendredi matin dans une rame bondée de la ligne 9.
Dernier jour d’une longue semaine. Fatiguée, j’ai trouvé le moyen de m’asseoir (sans tuer personne) et je somnole, la tête posée contre la vitre (comprendre : j’ouvre un oeil de temps en temps pour m’assurer que je ne bave pas).
Dans un moment de lucidité, en jetant un coup d’oeil autour de moi, je remarque un ventre bien rond. Le genre de ventre qui ne trompe pas. Celui qui te dit que si tu le cherches, il peut accoucher là, sous ton nez, en 2 secondes, entre Trocadero et Rue de la pompe.

Au fond de moi je m’insurge :

– Les gens sont prêts à laisser une femme enceinte voyager debout ? Alors que tout le monde l’a bien remarquée ?! Depuis combien de temps elle attend ?! C’est n’importe quoi !

Le temps de me rappeler comment fonctionnent mes jambes, j’attrape mes affaires et je commence à me lever. Mon regard remonte du ventre vers le visage de la femme et alors que je vais lui proposer ma place… JE REMBALLE MA PHRASE ET ME RASSOIE DI-RECT… PUISQUE C’EST UN HOMME !

Moustache_enceinte

Note pour plus tard

Oui oui, j’ai bien confondu un homme bedonnant, aux cheveux gras et moustachu avec une femme enceinte…
Eh bien croyez-moi, ça réveille ! La preuve : quelques minutes plus tard, il ne me faudra QUE 5 essais pour comprendre que non, mon pass Navigo ne peut pas déverrouiller la porte d’entrée du bureau.

(Ce post n’est pas sponsorisé par l’amicale de la Vitamine C… et c’est bien dommage.)

 

PS : La légende dit que dans la même journée, j’aurais également tapé ma date de naissance à la place du code d’entrée de l’autre porte du bureau. Trois fois de suite. Et que s’appelorio Quézac.

Le travail, c’est la santé

Nouveau boulot depuis quelques semaines. Premier rendez-vous chez mon client le plus important. Autant vous dire que je tiens à faire bonne impression.
Check list « bonne impression » :

  • Arriver à l’heure (Je prévois donc les traditionnelles 18 alertes aux colis piégés dans le métro… et j’arrive avec 45min d’avance)
  • Être bien habillée (Mettre une chemise ne suffit pas. Encore faut-il s’assurer qu’elle soit bien boutonnée…)
  • Ne pas me prendre les pieds dans la moquette en marchant dans les couloirs (Je suis une professionnelle du genre et croyez-moi, ça n’inspire pas confiance du tout)

Mon interlocutrice est sympathique mais « speed ». L’ambiance est posée : on doit être rapide et efficace. Comme le dit si bien l’équipe B des journalistes qui commentent les Jeux Olympiques la nuit sur France TV : « On n’est pas venu là pour promener le chien à Jacques ! » (Je sais, on dit « de Jacques ». Mais pas eux, apparemment.)
Ça me va.
Alors qu’on se dirige vers le bureau, je reste CON.CEN.TRÉE : rapide coup d’œil aux boutons de ma chemise… tout en levant bien les pieds quand je marche. Une vraie pro !
On fait une halte à la machine à café.

— Tu prends quoi ?
— Un café
— Sucre ?
— Non, merci

Conversation normale entre personnes normales. Tout se passe normalement.
Je me détends un peu.

Elle me tend mon gobelet et commence à se servir.
Étant d’un naturel TRES timide, je n’ose pas parler. Je décide donc de me donner une contenance en prenant une gorgée de café. Méthode classique. (Dans ma vie, je pense avoir bu l’équivalent de 17 piscines olympiques « pour me donner une contenance ».)
Mauvaise idée.
Double mauvaise idée.
C’est bien joli de se « détendre » mais après, on commet des erreurs :

  1. J’ai totalement oublié que le café sort à peine de la machine et qu’il est donc BOUILLANT. Je me dissous littéralement la bouche. J’adorerais hurler ma douleur (tant pis pour la bonne impression !) mais un petit truc m’en empêche…
  2. Je n’ai pas regardé dans mon gobelet avant de boire. Dommage, cela m’aurait permis d’apprendre que cette machine met une touillette même dans les boissons sans sucre. Touillette qui est donc actuellement plantée bien bien BIEN au fond de ma gorge, entre mes amygdales, m’empêchant ainsi de crier, mais aussi de parler, d’appeler au secours et d’avaler le café bouillant qui continue de dissoudre gentiment ma bouche.
Cafe_touillette

Serial Killer

Il doit me rester maximum 5 secondes avant d’être découverte et de mourir asphyxiée ET humiliée.
Après tout ces efforts ? C’est non !
Plus que 4 secondes.
Un peu comme Rambo recousant lui-même ses blessures, je n’écoute que mon courage et lance ma main (à ce stade, on peut parler de « lancer ») dans ma bouche pour attraper la touillette et la tirer de là, tout en me jetant très élégamment au dessus de la poubelle pour tout recracher (café compris).

Ne me demandez pas comment c’est possible mais personne ne remarque rien… et le rendez-vous reprend son cours.

Notes pour plus tard :

  • Pour moi : Ajouter « éviter de mourir chez les clients » à la check list « Faire bonne impression »
  • Pour vous : Apparemment, j’ai l’agonie discrète. Du coup, n’hésitez pas à jeter un coup d’œil vers moi de temps en temps, histoire de vérifier que je ne suis pas en train de me pendre accidentellement avec mes lacets. Merci 🙂

 

Heureusement, Ikea est là !

Ikea

Au-delà des Billy, des Expedit et de toutes les collections de bougies, je crois que ce que je préfère chez Ikéa, ce sont les bribes de conversations privées (mais hurlées quand même) dont on profite pendant la visite :

La fille : Tu veux que j’achète un tapis pour PEUT-ÊTRE faire plaisir à un putain de mec que je pourrais HYPOTHÉTIQUEMENT rencontrer ?!
La mère : Oui.

Njut* is in the air !
*Profiter, vibrer, s’éclater

« Passez votre BAFA » qu’ils disaient !

Juillet.
Colonie de vacances. Jeu de mimes avec les 5-7 ans, tous en ronde. Celui qui devine ce que mime son copain passe au centre et mime à son tour.
Gros avantage : ils pensent tous à peu près aux mêmes choses donc ça va vite et ça rit beaucoup.
Enfin… « Tous »… A peu près…

C’est au tour de Dimitri, 6 ans.
Il s’installe au centre, s’allonge sur le côté, tend ses jambes et des bras devant lui, contracte le tout, yeux grands ouverts, et ne bouge plus.
Les idées commencent à fuser :

– Un chat !
– Quelqu’un qui dort !
– Un hérisson !! (Alors… Oui, parfois on ne comprend pas, mais c’est pas grave.)

Apparemment, ce n’est rien de tout ça…

– Dimitri, tu peux parler si tu veux
– Non, je peux pas ! Ça parle pas !
– Ah ! Vous avez tous entendu, c’est un indice : c’est quelque chose qui ne parle pas !

Nouvelle salve de propositions :

– Une table !
– Un doudou !
– Un arbre ?
– UN HÉRISSON ! (Sait-on jamais !)

Toujours pas… Cela fait 15 minutes que Dimitri est allongé devant nous, sans rien dire. Le groupe commence à se déconcentrer…

 

– Tu donnerais un indice aux autres pour les aider un peu..?
– Non, c’est de la triche !!
– Ah. Pardon… Bon… Vous avez d’autres idées…?
-…
-…
-… Un hérisson..?
– Dimitri, on dirait bien que tu as gagné ! Bravo ! Tu peux nous dire ce que c’était ?
– Bah c’était facile !!!! UNE VACHE MORTE AU FOND DE L’EAU !!!
-… On aurait plus dit un hérisson…

 

On n’est pas à l’abri d’entendre à nouveau parler de ce garçon un jour… à la FIAC.

 

Herisson

Qui m’a traité de vache ?!

 

Crédit photo : http://instagram.com/biddythehedgehog

Votre prénom à vous, c’est François, c’est juste ?

Petitjean

 

Je ne me lasserai JAMAIS de la ligne 9 (et de tous ces gens qui parlent suffisamment fort pour que je puisse suivre ce qu’ils se racontent) :

— Elle a appelé son fils aîné du même nom que son ex-mari ?!
— Oui. Presque. Mais c’est pas Jean, c’est Petitjean.
— Ah ok. Mais… pourquoi « petit » ? Il y a aussi un Grandjean ?

 

Situs Inversus, gynécologie et géométrie

En 31 ans, je pensais avoir à peu près tout entendu au sujet de mon Situs Inversus Complet. (À part peut-être le « Excusez-nous mais on vous a opéré du mauvais côté, on est désolé, on va recommencer. » Mais ça à la limite, si ça n’arrive pas, ça ne me dérange pas plus que ça.) Et bien sachez que je me fourrais le doigt dans l’œil assez profondément pour pouvoir m’en faire un nœud coulant autour de la cheville. J’ai un peu hésité à vous le raconter mais je crois qu’il faut exorciser le truc !

Ce matin, j’ai rendez-vous chez une gynécologue que je n’ai jamais vue de ma vie. J’ai pris rendez-vous chez la première qui avait de la place parce que j’ai une boule dans le sein et que, on ne va pas se mentir, je suis totalement flippée. J’arrive en avance et j’attends en lisant quelques magazines.*

C’est mon tour. La nana a l’air sympa (ce n’est pas ce qu’on lui demande, certes, mais c’est au moins ça !). Du coup je me détends un peu et j’explique pourquoi je suis là. Pas d’inquiétude, ce n’est probablement pas grand chose mais avant de regarder de plus près**, il faut créer un dossier à mon nom.
Ok.

Questions classiques :

  • Nom ?
  • Prénom ?
  • Antécédents médicaux ?
  • Est-ce que vous fumez ?
  • Est-ce que vous vous droguez ? Non mais pour de vrai…
  • Avez-vous laissé votre bagage sans surveillance dans la salle d’attente ?
  • Prévoyez-vous d’assassiner le Président des États-Unis ?

Et là, allez savoir ce qui me prend :

— Ah si, j’oubliais. Même si je pense que pour vous, ça ne change pas grand chose : j’ai un Situs Inversus Complet
— Ah d’accord.
— (Cool ! Elle sait ce que c’est !)
— C’est quoi, exactement ?
— (Ah bah non, en fait***). J’ai tous les organes inversés latéralement. Comme dans un miroir par rapport à vous. Mais vraiment, je ne pense pas que ça change quelque chose pour vous, vu que tout est plus ou moins symétrique, il me semble…
— Oui, oui, bien sûr…

Elle se remet à prendre des notes mais, clairement, quelque chose la chiffonne..

— Mais… Quand vous dites « inversés »… Vous voulez dire…?
— Inversés. Latéralement. Comme dans un miroir. Cœur à droite. Foie à gauche. Appendice de l’autre côté aussi. Vraiment comme si vous vous regardiez dans un miroir.
— Ah d’accord****
— Voilà… mais ne vous embêtez pas avec ça. Oubliez, même ! Vraiment ! (Parce qu’en plus, je sais par expérience que je ne gère pas hyper bien les crises d’angoisse des médecins à ce sujet)

Un temps.
Une moue.
Puis une nouvelle fois :

— Mais….
— Oui ?
— Votre vagin, il n’est pas à l’envers ?
— Mon ? HEIN ?! À l’envers ?  Heuu non, non, il est normal. Mais… Ça peut être à l’envers ??
— Non, non. Enfin, ce que je voulais dire…

Passage en mode « Chuchotons pour échanger des informations classées Secret Défense » :

— Ce que je voulais dire c’est : votre vagin n’est pas inversé avec votre anus ?
— (Yeux de poissons suivis de très près par des larmes de rire)…. Non.
— Ah ! Vous me rassurez !
— (Chouette. Il y a au moins une personne de rassurée dans ce cabinet.)

BIEN. ALORS.

  1. Merci de remettre le Situs Inversus au programme des études de médecine. Ça ne me fait plus rire du tout (Enfin si, beaucoup. Mais à un moment, je vais le payer, c’est obligé).
  2. Je ne sais pas comment cette personne utilise les miroirs chez elle MAIS JE NE VEUX PAS LE SAVOIR !
  3. Si quelqu’un a une image plus claire que « comme dans un miroir » pour faire comprendre l’idée du Situs, je suis plus que preneuse !

 

*Apparemment, Pompidou vient d’être élu.
** Pour de vrai ce n’était pas grand chose. Si ça vous arrive, ça prend 2 minutes de prendre rdv pour vérifier 🙂
*** À l’avenir, ne plus jamais prendre un « ah d’accord » pour une preuve de compréhension.
****ALERTE ROUGE : elle n’a pas compris !

Bowling for Naperville

Je vous ai parlé mon épisode « Buffy » à mon arrivée aux US.
Ce séjour a si bien commencé, ce serait dommage de ne pas vous raconter la suite.

Un des gros avantages de cet échange inter-lycées, c’est que, ne nous voilons pas la face : on est clairement en vacances. Certes, on doit aller en cours mais étant donné qu’on choisit les matières qui nous intéressent, c’est un peu la colonie de vacances à NCHS (Naperville Central High School).
Pour vous faire une petite idée, rien que pour le sport, le lycée dispose, entre autres, d’un terrain de foot US, de plusieurs terrains de baseball (mais comme il neige à cette époque, à la place on peut faire du ski de fond), d’un terrain de basket (je viens d’ailleurs de découvrir que Candace Parker était dans l’équipe du lycée à cette époque !), d’une piscine, d’un mur d’escalade, d’une salle de muscu, d’un gymnase… On a aussi une sorte d’auto-école intégrée.
Quant au reste, il faudrait être un peu timbré pour aller en math quand on peut aller faire du design floral, créer ses propres bijoux ou apprendre à cuisiner (dans une salle dans laquelle se trouvent plusieurs mini cuisines ! C’est canon ! Enfin… jusqu’au moment où il faut goûter ce qu’on fait… À 9h du matin donc. Si le bretzel se marie très bien avec le café, les spaghettis bolognaise en revanche, c’est plus compliqué.)
À côté de NCHS, le lycée de Brandon, Kelly and co., c’est « 90210 – Bienvenue au Goulag ».

Naperville_central_high_school

On est en plein rêve américain jusqu’à ce fameux matin…
Les trois lycées de la ville ont reçu un message de menace qui dit à peu près : « une fusillade va avoir lieu dans la journée dans un des trois établissements et ce sera pire qu’à Columbine ». Deux lycées décident de fermer pour la journée. Pas Central.
Heu…. Ok. Vous êtes sûrs ? Mais sûrs sûrs sûrs ?
Ah.
Merde.

Des messages sont diffusés via les hauts-parleurs situés un peu partout dans les salles et les couloirs (quand je vous dis qu’on est en pleine série TV) :

— On ne sait pas exactement ce qui se passe ni qui est à l’origine du message mais ne vous inquiétez pas, nous contrôlons la situation.

NCHS_pic

Source : Central Times – janvier 2000

 

Hmm hmm. La situation semble parfaitement sous contrôle, effectivement.
Nous voilà HYPER rassurés !

Ce jour-là, c’est l’élection de la Reine de l’hiver : la fille qui sera reine du bal de la Saint Valentin qui a lieu quelques jours plus tard. Tous les élèves de Première et Terminale doivent se réunir dans les gradins du terrain de basket.
BAH OUAIS, on n’a qu’à tous se mettre en rangs d’oignons dans la même pièce. Ça sera vachement moins facile de nous dégommer ! LOGIQUE !

L’ambiance est bonne mais on sent quand même une petite tension (tu m’étonnes).
Tout le monde discute en attendant l’annonce de la gagnante quand soudain, par dessus le brouhaha, le bruit d’une porte qui s’ouvre.
Silence instantané.
Apnée collective.
Regards braqués vers l’entrée du gymnase.
Plus un mouvement.
On est impressionnants de synchronisation (Même Noureev n’a jamais atteint ce niveau dans ses ballets) mais totalement flippés.
On ne respire toujours pas. On est violets, à peu près.

Tout ça pour finalement voir la mascotte de l’école (un mec habillé en aigle rouge) entrer par une porte, traverser la salle et en ressortir par une autre. Tranquillement…
Ce sens du timing…
Jamais une peluche (géante, tout de même) ne m’aura aussi fait peur..!

On apprendra finalement dans la soirée que l’auteur des menaces a été arrêté mais que ce n’était en fait qu’une « mauvaise blague ».
HA.HA.HA. QU’EST CE QU’ON A RI. MERCI BEAUCOUP !

 

 

PS : Voici l’article paru dans le journée du lycée quelques jours plus tard. Et bien entendu, la stratégie du « On va leur en dire un peu mais pas trop histoire de faire taire la rumeur sans créer de panique » n’a pas hyper bien fonctionné…

Central_Times_Naperville

 

Brisez la glace

Premier vrai stage de ma vie : 6 mois en tant qu’attachée de presse pour les sorties DVD.
Les gens sont sympas, le boulot intéressant et on parle cinéma et DVD toute la journée. ET EN PLUS C’EST PAYÉ ! Marcel Béliveau sortirait du tiroir de la photocopieuse en criant « Surprise sur prise ! » que ça ne me surprendrait pas plus que ça…
Moi qui ne savait pas trop à quoi m’attendre en postulant, à cet instant, mon seul souci est de réussir à me retenir de faire la roue au milieu de l’open space pour exprimer ma joie.

Au bout de 3 jours, S., ma responsable me propose de l’accompagner faire un plateau TV*.
Habituellement, ça n’arrive jamais pour les DVD mais pour ce film en particulier, la comédienne principale fait quelques plateaux.

— Ca te dit de m’accompagner ? T’es pas obligée du tout, c’est comme tu veux.
— Oui, d’accord. (Ne pas faire la roue. Ne pas faire la roue. Ne pas faire la roue.)
— Vraiment, tu peux dire non si tu n’as pas envie. C’est super long comme truc. Mais voilà, si ça te tente, je t’emmène.
— Ok, je viens. (Non mais t’es malade ou quoi ?? C’est le truc le plus cool qu’on m’aie jamais demandé de faire dans un boulot !! Tu crois vraiment que je fais refuser parce que ça va me faire rentrer trop tard pour Question pour un Champion ?!)

On doit aller chercher la comédienne en taxi mais on a pris un peu de retard sur le planning. Il nous reste plus ou moins zéro minute pour arriver. On sent bien que ça va être chaud.. Du coup, quitte à bosser dans le cinéma, S. annonce la couleur au chauffeur :

— Telle adresse, s’il vous plaît. Et si vous pouviez faire vite… on est en retard !
— Pas de problème, madame, je fais au mieux.
— C’est gentil….

100m plus loin, après une grosse pointe de vitesse à 30km/h, S. se ravise un peu :

— Heuuu… Pas trop trop vite non plus, hein ! Prenez pas de risques , c’est pas grave, roulez normalement…

On roule depuis 3 minutes grand maximum (arrêts aux feux inclus).
S. s’agite de plus en plus sur son siège. Le stress d’être en retard ?
À ce moment-là, on se connait encore assez peu et la glace n’est pas totalement brisée. Du coup, je ne pose pas de question, je me contente de rester tranquille (de toute façon je n’avais pas vraiment prévu de sortir par la fenêtre pour aller m’asseoir sur le toit en criant « I’m the king of the world »).
Elle finit par voir que je la regarde du coin de l’œil et craque.
Grosse mise au point façon parrain de la mafia qui révèle à son avocat où il a planqué le corps :

— Bon, petite, on ne se connait pas encore bien mais il faut que tu saches un truc : je DÉTESTE la voiture. Je suis SUPER MALADE en voiture, voilà !

Ce qui revient plus ou moins à finir de « briser la glace ».
Au lance-flammes.

Bienvenue dans ton stage !

Bienvenue dans ton stage !

On arrive au point de rendez-vous et on récupère la comédienne, souriante et détendue. (Tu m’étonnes. Elle ne sait pas qu’elle va très probablement se faire vomir sur les genoux !)
On repart. Toujours en taxi. Je croise les doigts pour que ça aille mieux …. Et je comprends très vite que je ne croise pas du tout assez fort.
Festival de changement de couleurs sur le visage de S.
C’est un peu comme si je faisais le voyage à côté d’une lampe d’ambiance Philips multicolore : rouge, vert, jaune…  Un feu d’artifice du 14 juillet.
Les sons et lumières de Jean-Michel Jarre, à côté, ça ferait presque deuil.

On arrive enfin au studio.
S. est encore en vie (et franchement, c’était pas gagné gagné).
On s’installe dans la loge. S. attrape quelques dossiers de presse et s’apprête à sortir :

— Je dois aller en donner quelques uns.
— Je t’accompagne…?
— Non non c’est gentil merci. Ne t’embête pas, je reviens tout de suite.

Et alors qu’elle va refermer la porte, elle passe sa tête dans l’entrebâillement, vérifie que personne ne la regarde et me lance en chuchotant :

— Je vais juste gerber, je reviens !

Voilà donc comment avoir la sensation, pendant les 6 mois qui suivent, de bosser avec une amie à qui tu aurais tenu les cheveux au dessus des toilettes après une (trop) grosse soirée…!
Soyons clairs : ça crée des liens.

*C’est par où les toilettes ? Vous croyez que c’est assez grand pour faire une petite roue discrète ?

Crédit photo : Robin Lambert