Les gens n’ont pas d’humour

Métro. Ligne 9 (on ne change pas une équipe qui gagne !)
2 garçons de 25/30 ans discutent ensemble.
Le premier, qui s’est manifestement oublié 3 ou 4 fois dans la cabine à UV, semble tout droit sorti d’un clip de RnB et parle la bouche en biais pour se donner un air de bad boy. Il a apparemment un petit souci de logement.
Le second, plutôt dans le genre 1er de la classe, vient gentiment aux nouvelles.

(Attention, cette conversation a été entièrement tenue au premier degré par des professionnels. N’essayez pas de reproduire ça chez vous.)

— T’avais pas un pote qui t’hébergeait ?
— Si ! Mais il m’a foutu dehors, t’as vu.
— Pourquoi ?
— J’ai voulu coucher avec sa meuf dans l’appart.
o_O ?! Avec sa meuf ? Sa meuf à lui ??
— Ouais, j’lui ai proposé. Tranquille.
— Mais… T’es con ! (J’aurais pas dit mieux…)
— Oooh ça va ! C’est bon ! C’était pour se marrer, quoi ! Ça aurait été marrant. Mais elle a pas compris. Même lui, j’sais pas, il a pas compris alors que franchement ça va, c’était marrant. Tranquille.
— …
— Quoi ?
— Non, rien…

Les Anges de la télé réalité ont trouvé leur maître.
Avis aux producteurs : sachez que je suis prête à payer un abonnement à une chaîne 24/24 pour pouvoir écouter ce que dit ce garçon toute la journée !!!

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Bruce Willis, les tomates cerises et moi

Fête de fin de tournage d’un film sur lequel je n’ai passé qu’une semaine. On m’a très gentiment invitée mais je ne connais pas tout le monde. La soirée a commencé depuis un moment mais les gens que je connais le mieux ne sont pas encore là. Du coup, en grande timide que je suis, je suis en train de guetter leur arrivée par le grand escalier qui donne dans la salle quand je vois un mec les descendre. J’ai l’impression de le reconnaître et en même temps, je suis à peu près sûre qu’il ne fait pas partie de l’équipe du film. Je le connais, c’est certain, mais d’où ? Est-ce que je suis sensée connaître son nom, aller lui dire bonjour …? Je fais quoi quand il arrive en bas ? À chaque marche qu’il descend, je le détaille un peu plus pour essayer de me souvenir de qui il est. Et bien entendu, je fais tout ça de façon très discrète : je suis la seule personne plantée devant l’escalier à ce moment-là, à le fixer comme si c’était la Joconde.
Quand soudain, ENFIN je comprends ! Je ne connais pas du tout cette personne (il était temps de s’en rendre compte, hein… 1 minute de plus et j’étais pendue à son cou pour lui faire la bise.) C’est juste que ce look, cette démarche, ces cheveux rasés… On dirait tellement… Bruce Willis ! Voire même une sorte de sosie officiel…
De son côté, ça fait un moment qu’il a remarqué que je l’observe (tu m’étonnes…) et alors que je suis encore en train de le détailler pour voir jusqu’à quel point il pousse la ressemblance, il me dégaine un sourire en coin. LE fameux sourire en coin. Celui de John McClane ! Ok, c’est bien fait, on sent qu’il a bossé son sujet… mais c’est trop pour moi ! Ça me fait exactement le même effet que les fans de Johnny qui poussent le truc jusqu’à se faire des tatouages tête de loup sur les bras. Je crois que mes yeux lui disent quelque chose du genre « Non mais t’es sérieux ? Vraiment ? Jusqu’au sourire en coin?? N’importe quoi… » Et je repars faire la fête.

LE sourire John McClane

Le sourire John McClane

Un peu plus tard dans la soirée, alors que cette histoire de sosie qui sort d’on ne sait où m’est totalement sortie de la tête, je discute avec le photographe de plateau. Ça fait un bon bout de temps qu’il n’en est plus à son premier verre donc quand il s’arrête en plein milieu d’une phrase sans raison apparente, je ne m’inquiète pas plus que ça : il va reprendre. Et effectivement, il reprend. Sur totalement autre chose :

— Bah tu vois Caro, des films j’en ai fait et je suis vraiment pas midinette. Mais putain, quand je pense que là juste derrière toi, il y a Bruce Willis. Le vrai Bruce Willis. Bah ça me fait quand même un truc. Pas toi ?
— Heuuu je ne sais pas… (Si si si !!! Je sais exactement !! Ça me donne envie de me foutre des baffes parce qu’au lieu d’aller claquer la bise à John McClane, je me suis carrément foutue de sa gueule !!! Bien en face, droit dans les yeux ! Et en plus, je l’ai comparé à un fan de Johnny !! Et même si ça, il ne le sait pas, je suis sûre qu’il le SENT !! Voilà ce que ça me fait !!!!)

Une fois le petit effet de surprise passé, je retrouve l’usage de mes jambes (légèrement coupées jusque là) et je prends la seule décision possible : aller noyer ma honte dans les petits fours. Seule devant le buffet, j’attrape un pot de tomates cerises que je gobe les unes après les autres… tout en réfléchissant à l’ordre dans lequel je vais ensuite engloutir les VRAIS canapés. Je sens alors quelqu’un arriver à côté de moi et se poster face au buffet. Je tourne la tête et bien entendu, qui est-ce ? Bruce !!! (Oui, à ce stade, je pense que je peux l’appeler Bruce). À croire qu’on n’était que 2 à cette soirée… Sauf que cette fois-ci, quand il me regarde, mes yeux crient plutôt un truc du genre :

— Bon, je sais que tu sais que je sais… C’est un peu gênant mais JE SUIS DÉSOLÉE POUR CETTE STUPIDE HISTOIRE DE SOSIE (et de fan de Johnny…) !!!

Clairement, vu la tête qu’il fait, il a bien compris. Ça le fait même un peu marrer puisque j’ai droit au 2eme sourire « John McClane » de la soirée. VICTOIRE ! Sauf qu’au final, on est là, tous les deux seuls au buffet, face à face alors qu’on ne se connait pas du tout… et je n’ai absolument rien à lui dire (et inversement, bien entendu !). Je tente donc le premier truc qui me passe par la tête, histoire de me donner une contenance peut-être (ou de m’achever) : je lui tends le pot que j’ai dans la main et lui dis le seul mot que je dirai jamais, de toute ma vie entière, au vrai Bruce Willis :

— Tomato ?

BONUS :
Pendant cette soirée :

  • Bruce et sa copine ont, je crois, inventé le concept du selfie en se prenant en photo AU MOINS 17 534 fois dans toutes les situations (en dansant, en buvant, en mangeant, en se vautrant sur les canapés, en s’embrassant…)
  • Le photographe a passé toute la fin de la soirée assis à côté de ladite copine, à tenter de la draguer alors même que Bruce était assis juste de l’autre côté (je me demande même, du coup, s’il n’apparait pas sur certains selfies…). Au moment de partir, il m’expliquera qu’il a trouvé la fille « vraiment très charmante » mais Bruce « un peu froid, comme mec ».

Tous à poil !

6h30
Ce matin-là, il fait encore complètement nuit quand je marche vers la gare pour aller à la fac. La plupart des maisons sont encore plongées dans le noir et il n’y a personne dans les rues (tu m’étonnes…). Comme le dirait ce grand philosophe qu’est Corneille : « Y’a rien à faire j’suis seule au monde ! » .
Du coup, quand je vois une voiture faire le tour du rond point un peu plus loin et s’engager dans ma rue, je suis presque contente : je ne ne suis pas la seule personne de cette ville à me lever avec les poules !
Heu… Attendez…. Je suis seule. Il fait nuit noire. Une voiture se dirige vers moi et je suis « contente » ?! Eh bien au moins, je ne manque pas de confiance, hein !
Entre temps, ladite voiture est arrivée à ma hauteur et a tellement ralenti qu’elle roule maintenant très TRÈS lentement. En même temps, elle ne pourrait pas aller beaucoup plus vite vu que le conducteur ne regarde pas du tout la route. Il me fixe. Avec ce genre de regard qui vous fait dire :

Houston

Ah. Et en plus, surprise : monsieur semble être nu du haut… Rappelez-moi pourquoi j’étais contente de croiser quelqu’un ?! Finalement, il ré accélère et s’en va.

20 secondes plus tard, j’entends un bruit de moteur dans une rue proche de la mienne et qui donne sur le même rond point. C’est mon jour de chance : Monsieur Nu-du-haut a pris un sens interdit un peu plus loin pour pouvoir faire une petite boucle et revenir à ma rencontre (en roulant comme un malade, bien entendu). Sauf que cette fois-ci, il se gare à mon niveau sur le trottoir d’en face et commence à ouvrir sa portière. Toujours en me fixant. Toujours avec ce regard. Il est temps d’appeler Houston (aka mes parents, pour avoir un peu d’aide car je ne suis quand même qu’à 200m de la maison…) J’attrape mon portable et… Ah… Tiens… C’est super rigolo : pas moyen de me souvenir de ce numéro que je connais depuis 19 ans !! On serait dans un épisode de New York Unité Spéciale, j’aurais déjà noté le numéro de la plaque, fait un croquis de la voiture et dessiné vite fait le portrait robot du mec au Bic sur le dos de ma main. Mais on est en banlieue parisienne, un matin d’octobre à 6h30 et je suis donc incapable de me souvenir du numéro de chez moi. Et puis de toute façon, je dessine pas hyper hyper bien :

Portrait robot

Portrait robot

Au pire, quitte à avoir mon portable dans la main, je peux peut-être m’en servir comme d’une sorte de matraque ou d’un point américain ? (Les clés sont bien plus efficaces, je sais bien, mais je pense que cette idée devait être rangée juste à côté de mon numéro de téléphone, bien au fond de mon cerveau). Étant donné que je cours le 100 mètres en 5 jours et que M. Nu-du-haut a une voiture, la fuite n’est pas vraiment une option. Ne reste plus qu’à serrer les poings et à me jeter sur lui s’il s’approche (tout en ayant un peu envie de chialer de peur, soyons TRÈS clair sur ce point.).

Finalement, je ne sais pas par quel miracle, mon numéro me revient. Ma mère décroche, totalement endormie. Autant vous dire qu’au son de ma voix, en 2 secondes, elle est bien BIEN réveillée !

— Ne t’inquiète pas, papa arrive ! Je te garde au téléphone pendant ce temps.
— Pour le moment ça va mais le mec est en train de sortir de sa voiture…
— Papa est descendu, il sort la voiture et il arrive tout de suite !
— Ah cool. Parce qu’en fait, M. Nu-du-haut est finalement nu de partout…
— Attends, ne quitte pas…… Voilà c’est bon ! J’ai jeté un survêtement à ton père, il allait partir à poil !
— Hein ?!?!

1 minute plus tard, j’entends le moteur de la voiture de mon père au bout de la rue. M.Nu-de-partout aussi. Il me voit au téléphone et je pense qu’il réalise qu’il est nu, au milieu d’une chaussée sur laquelle arrive, à environ 5000 km/h, quelqu’un que j’ai appelé pour m’aider et qui est manifestement assez contrarié par toute cette histoire… (c’est précisément à cet instant que la panique change de camp.) HAHAAAA !! ON FAIT MOINS LE MALIN, MAINTENANT !
Bien entendu, M.Nu-de-partout-mais-pas-téméraire se sauve avant l’arrivée de mon père (qui passera ensuite une bonne demi-heure à tourner dans les rues pour tenter de le retrouver…).

Si ça se trouve, c’était juste un mec parti de chez lui un peu trop vite pour que sa femme ait le temps de lui jeter un survêtement… (En fait non. Et il a été arrêté quelques semaines plus tard.)

tous-a-poil

 

Quand ma banque tente une opération séduction

Je suis le genre de personne qui ne décroche pas aux appels de numéros inconnus. Surtout quand je suis au bureau.
Mais ce matin-là, au bout du 6ème appel, je finis par m’inquiéter…

— Allô ?
— Madame F. ?
— Oui ?
— Bonjour madame, c’est la banque.
(Je savais que je n’aurais pas du décrocher !) Oh… Il y a un problème ?
— Non non, pas du tout !
— Tant mieux ! Mais alors…? Qu’est-ce que je peux faire pour vous ?
— Je vous appelle parce qu’il me semble qu’on ne se connait pas. Ça serait bien qu’on se rencontre. On pourra parler de votre situation, des placements possibles, de…
— Excusez-moi, je vous coupe. Vous avez dit « des placements possibles » ?
(voix guillerette) Oui oui !
— Vous avez vu mon compte…?
(Même voix guillerette) Oui bien sûr !
— Donc vous avez vu que j’ai 4,5 € de côté. À la louche… C’est vraiment nécessaire de… les placer ?
— Heu… Non, effectivement. Mais ça serait quand même bien qu’on se voit pour parler.
— Je suis désolée madame mais je vais devoir refuser. Vous avez envie de me vendre vos produits, et je comprends très bien. Mais vous le voyez vous-même, je n’ai pas grand chose. Et puis quoi qu’il arrive, ce serait compliqué : je ne suis jamais disponible pendant vos horaires d’ouverture.
— Je suis sûre qu’on peut trouver un moment ! Le jeudi par exemple. On fait nocturne !
(Essayons d’être sympa…) Bon… Vous fermez à quelle heure le jeudi ?
(Le retour de la voix guillerette) 18 heures !
— Hahahaha !! Pardon. À cette heure-ci je n’ai pas du tout terminé ma journée, en fait.
— Ah. Bon. C’est compliqué avec vous, hein… Si vous préférez, on est ouvert le samedi matin. Vous ne travaillez pas le samedi ? On se dit samedi, alors ??
— Non non. On ne dit pas samedi. C’est le seul jour où je peux dormir. Donc non, je ne préfère pas. Surtout si c’est juste pour parler.
— Bon. Très bien. Je comprends. Je vois bien qu’on ne va pas y arriver. Vous avez vraiment un planning compliqué, vous ! Mais si vous avez besoin de quelque chose, vous avez mon numéro. Ou n’hésitez pas à passer à l’agence.
— Je vous remercie. Au re…
— ET UN CALENDRIER !?!
— Pardon ?
— On a reçu les calendriers ! Vous avez besoin d’un calendrier ? Vous pouvez passer en récupérer un si vous voulez !
— … (oui, j’ai d’abord marqué un petit blanc de… surprise) … Non merci. Au revoir.

« On n’attrape pas les clients avec un calendrier. » is the new « On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. »