Bruce Willis, les tomates cerises et moi

Fête de fin de tournage d’un film sur lequel je n’ai passé qu’une semaine. On m’a très gentiment invitée mais je ne connais pas tout le monde. La soirée a commencé depuis un moment mais les gens que je connais le mieux ne sont pas encore là. Du coup, en grande timide que je suis, je suis en train de guetter leur arrivée par le grand escalier qui donne dans la salle quand je vois un mec les descendre. J’ai l’impression de le reconnaître et en même temps, je suis à peu près sûre qu’il ne fait pas partie de l’équipe du film. Je le connais, c’est certain, mais d’où ? Est-ce que je suis sensée connaître son nom, aller lui dire bonjour …? Je fais quoi quand il arrive en bas ? À chaque marche qu’il descend, je le détaille un peu plus pour essayer de me souvenir de qui il est. Et bien entendu, je fais tout ça de façon très discrète : je suis la seule personne plantée devant l’escalier à ce moment-là, à le fixer comme si c’était la Joconde.
Quand soudain, ENFIN je comprends ! Je ne connais pas du tout cette personne (il était temps de s’en rendre compte, hein… 1 minute de plus et j’étais pendue à son cou pour lui faire la bise.) C’est juste que ce look, cette démarche, ces cheveux rasés… On dirait tellement… Bruce Willis ! Voire même une sorte de sosie officiel…
De son côté, ça fait un moment qu’il a remarqué que je l’observe (tu m’étonnes…) et alors que je suis encore en train de le détailler pour voir jusqu’à quel point il pousse la ressemblance, il me dégaine un sourire en coin. LE fameux sourire en coin. Celui de John McClane ! Ok, c’est bien fait, on sent qu’il a bossé son sujet… mais c’est trop pour moi ! Ça me fait exactement le même effet que les fans de Johnny qui poussent le truc jusqu’à se faire des tatouages tête de loup sur les bras. Je crois que mes yeux lui disent quelque chose du genre « Non mais t’es sérieux ? Vraiment ? Jusqu’au sourire en coin?? N’importe quoi… » Et je repars faire la fête.

LE sourire John McClane

Le sourire John McClane

Un peu plus tard dans la soirée, alors que cette histoire de sosie qui sort d’on ne sait où m’est totalement sortie de la tête, je discute avec le photographe de plateau. Ça fait un bon bout de temps qu’il n’en est plus à son premier verre donc quand il s’arrête en plein milieu d’une phrase sans raison apparente, je ne m’inquiète pas plus que ça : il va reprendre. Et effectivement, il reprend. Sur totalement autre chose :

— Bah tu vois Caro, des films j’en ai fait et je suis vraiment pas midinette. Mais putain, quand je pense que là juste derrière toi, il y a Bruce Willis. Le vrai Bruce Willis. Bah ça me fait quand même un truc. Pas toi ?
— Heuuu je ne sais pas… (Si si si !!! Je sais exactement !! Ça me donne envie de me foutre des baffes parce qu’au lieu d’aller claquer la bise à John McClane, je me suis carrément foutue de sa gueule !!! Bien en face, droit dans les yeux ! Et en plus, je l’ai comparé à un fan de Johnny !! Et même si ça, il ne le sait pas, je suis sûre qu’il le SENT !! Voilà ce que ça me fait !!!!)

Une fois le petit effet de surprise passé, je retrouve l’usage de mes jambes (légèrement coupées jusque là) et je prends la seule décision possible : aller noyer ma honte dans les petits fours. Seule devant le buffet, j’attrape un pot de tomates cerises que je gobe les unes après les autres… tout en réfléchissant à l’ordre dans lequel je vais ensuite engloutir les VRAIS canapés. Je sens alors quelqu’un arriver à côté de moi et se poster face au buffet. Je tourne la tête et bien entendu, qui est-ce ? Bruce !!! (Oui, à ce stade, je pense que je peux l’appeler Bruce). À croire qu’on n’était que 2 à cette soirée… Sauf que cette fois-ci, quand il me regarde, mes yeux crient plutôt un truc du genre :

— Bon, je sais que tu sais que je sais… C’est un peu gênant mais JE SUIS DÉSOLÉE POUR CETTE STUPIDE HISTOIRE DE SOSIE (et de fan de Johnny…) !!!

Clairement, vu la tête qu’il fait, il a bien compris. Ça le fait même un peu marrer puisque j’ai droit au 2eme sourire « John McClane » de la soirée. VICTOIRE ! Sauf qu’au final, on est là, tous les deux seuls au buffet, face à face alors qu’on ne se connait pas du tout… et je n’ai absolument rien à lui dire (et inversement, bien entendu !). Je tente donc le premier truc qui me passe par la tête, histoire de me donner une contenance peut-être (ou de m’achever) : je lui tends le pot que j’ai dans la main et lui dis le seul mot que je dirai jamais, de toute ma vie entière, au vrai Bruce Willis :

— Tomato ?

BONUS :
Pendant cette soirée :

  • Bruce et sa copine ont, je crois, inventé le concept du selfie en se prenant en photo AU MOINS 17 534 fois dans toutes les situations (en dansant, en buvant, en mangeant, en se vautrant sur les canapés, en s’embrassant…)
  • Le photographe a passé toute la fin de la soirée assis à côté de ladite copine, à tenter de la draguer alors même que Bruce était assis juste de l’autre côté (je me demande même, du coup, s’il n’apparait pas sur certains selfies…). Au moment de partir, il m’expliquera qu’il a trouvé la fille « vraiment très charmante » mais Bruce « un peu froid, comme mec ».
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Qui a envoyé Laurent Voulzy chez Julie Lescaut ?

Tournage d’épisodes de Julie Lescaut. Je vous passe le pourquoi du comment je suis là mais à force de me voir squatter le plateau tous les jours, on me propose mon tout premier stage. Ils n’ont absolument pas besoin de moi, c’est juste pour être sympa (et assurés, tant qu’à faire !) Autant vous dire que je suis hyper contente et que même si on ne me demande que des petites choses, j’ai envie de faire ça bien.

Entre autres trucs, je stoppe des voitures dans la rue, je demande le silence. Le silence… Le Fameux. Celui pour lequel

  • on te demande de trouver dans quelle rue du quartier se planque l’employé municipal qui souffle des feuilles et qui ruine le son de toutes les prises
  • on t’envoie, du haut de tes 18 ans, stopper des travaux de voirie (et où tu ne démens surtout pas quand les mecs te prennent pour un flic avec ton talkie walkie parce que tu sais que c’est la seule raison pour laquelle ils ont stoppé les marteaux-piqueurs).

LE Silence.

Ce jour-là, on tourne dans les bureaux du « commissariat » des Clairières (ouais, à Vanves quoi. Mais je trouve ça plus joli « Les Clairières ». Cette fameuse ville qui doit compter 33 collèges, 49 lycées, 237 banques et un taux de criminalité plus élevé que celui de Chicago). Tout est calme dehors donc je suis à l’intérieur avec le reste de l’équipe. On va tourner une scène classique d’interrogatoire dans le bureau de Lescaut. Tout le monde se met en place.
Silence, s’il vous plaît !
Moteur demandé.
Ça tourne.
Et… Action !

— Monsieur Dupond. Que faisiez-vous mercredi dernier à 1h du matin ?
(musique et petite voix au loin) J’ai le coeur grenadine, pas d’soleil sur ma peau oouuhoohouuhoo !!
— Coupez ! C’est quoi ce truc ?!

Sauf qu’entre temps, plus un bruit. Pas moyen de savoir ce que c’est, d’où ça vient, si quelqu’un dans le quartier a décidé d’apprendre à chanter Voulzy PILE à ce moment-là.
On y retourne.
Silence, s’il vous plaît !
Moteur demandé.
Ça tourne.
Et… Action !

— Monsieur Dupond. Que faisiez-vous mercredi dernier à 1h du matin ?
(re musique et re petite voix au loin) J’ai le coeur grenadine, pas d’soleil sur ma peau oouuhoohouuhoo !!
— COUPEZ !! Quelqu’un va arrêter ce truc !

Ce jour-là, « quelqu’un », c’est moi. Je cours voir ce qui se passe (et accessoirement, faire taire Laurent Voulzy). Bien entendu, comme la première fois… il n’y a plus un bruit. La rue est déserte, en dehors d’un petit groupe vers lequel je me précipite même si je me doute que ça ne peut pas venir d’eux : ils sont 3 ou 4, debout autour d’un grand biker moustachu tatoué assis sur sa moto. Mais bon… Ils savent peut-être d’où ça vient. Je continue de courir vers eux et au moment où je m’apprête à leur parler, la musique repart de plus belle, juste à côté de moi cette fois, et le biker se met à minauder en regardant une caméra (que je découvre à ce moment-là) et chante en play back :

— J’ai le cœur grenadine, pas d’soleil sur ma peau oouuhoohouuhoo !!
— STOP ! Excusez-moi ! Je suis désolée de vous arrêter mais qu’est-ce que vous faites ?
— COUPEZ ! On tourne une pub. Vous dérangez, là ! Poussez-vous, merci !
— Vous avez une autorisation ? Parce que c’est vous qui dérangez notre tournage avec la musique.
— (Un autre mec arrive derrière moi et…) Bonjour, c’est moi qui suis responsable. Désolé, on n’a pas grand chose à tourner, on voulait faire ça rapidement…

Je me retourne et je découvre donc que la personne qui vient de catapulter Voulzy dans un interrogatoire de Julie Lescaut (avec un timing millimétré !) n’est autre que… Jérôme de « Premiers Baisers » !

CONCLUSION
Si j’ai bien compris :

Lescaut_Voulzy_Premiers-Baisers

 

Comment j’ai rencontré Marc Levy (et comment j’aimerais qu’il ne s’en souvienne pas trop !)

Vendredi soir.
Fête de fin de tournage de Julie Lescaut (OUI, j’ai fait un stage sur le tournage de Lescaut et c’était TRÈS chouette !).
On parle de la suite, mais surtout du lendemain : l’équipe va bosser 2 jours de plus pour le tournage d’un court métrage pour Amnesty International. Réalisateur : Marc Levy.
J’ai déjà entendu parler de lui mais je n’ai encore jamais rien lu. Oooohhhh je vous entends vous insurger mais ON SE CALME ! On est en 2003 et il n’a sorti que 2 ou 3 livres. C’est pas comme si j’étais passée à côté de Oui-Oui non plus !
De toutes façons, j’ai à peine une demi nuit devant moi pour me mettre à jour. Autant oublier.
Que je connaisse ou pas le monsieur, peu importe : c’est un beau projet et comme on me propose gentiment de me joindre à l’équipe, j’y vais !

Samedi matin (j’hésite à mettre « samedi nuit » tellement il est tôt).
– 457°C au soleil (et on a voulu nous le cacher, mais je suis certaine que c’est tombé à – 600°C à un moment).
J’arrive dans un parc à côté de Paris. Je rappelle qu’on sort de quelques semaines de Julie Lescaut et qu’on a fêté ça quelques heures plus tôt. Pas la gueule de bois…  mais pas réveillée pour autant.
Une grosse partie de l’équipe est déjà là. Je vais les rejoindre : continuer les conversations de la veille et plaisanter avec eux va me remettre en forme.
Je me joins au groupe en train de discuter et comme je suis très fine (mais souriante) au saut du lit :

« Bonjour 🙂 Bon alors, concrètement, il ressemble à quoi ce Marc Levy ?! »

BIEN ENTENDU, le mec devant moi se retourne, contient un rire, fait un geste de la main pour se présenter de la tête aux pieds et me répond :

« Concrètement ? À ça. Plus ou moins. »

(Quand je pense que 5h plus tôt, mon plus gros souci était que je trouvais dommage de le rencontrer sans avoir jamais lu une ligne de lui…)

Après ça, j’ai creusé un trou bien profond et je me suis jetée dedans je suis allée donner un coup de main pour vider le camion régie. Et j’ai pété la cafetière. À 7h du matin. Dans un parc où aucun Darty n’a jamais eu l’idée de s’implanter. (merci les mecs) C’est à peu près à ce moment-là qu’on est descendu à  – 600°C, je crois.
UNE BIEN BELLE JOURNÉE !

Marc, si un jour on se recroise et que tu as l’impression qu’on s’est déjà vus… je nierai tout en bloc et mon gouvernement lui-même niera l’existence de ce week-end !

PS : au final, la honte ne m’a pas tuée, on a trouvé une autre cafetière, le tournage s’est très bien passé (aussi un peu parce que je ne me suis pas approchée de la nouvelle cafetière), Marc Levy est charmant (même quand on foire son entrée en matière) et le court-métrage était bien. Et si vous voulez un peu plus d’infos dessus  même si ça date, c’est par ici : http://marclevy.e-monsite.com/pages/content/la-lettre-de-nabila.html