Marie-Féroce 5 : bouquet (de galères) final

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On touche au but.
On repart pour Paris dans deux heures.
On doit encore capturer Marie-Féroce et finir le ménage.
Jean-Véto est dans un abri anti atomique pour être certain qu’on ne vienne pas lui demander un coup de main.
J’ai un plan (il parait).

On y est.
L’instant de vérité.
L’affrontement avec Marie-Féroce.
On a bien songé à faire semblant d’être en vacances à vie et à louer l’appart une quinzaine d’années histoire de ne pas avoir à attraper la bête mais on a dû renoncer : c’est quand même un budget et on n’a récupéré que 50% du prix de la location de la deuxième semaine. Quand faut y aller… Et bien entendu, pas de carton, caddie ou autre malle en osier. Pas non plus de vétérinaire d’urgence, de pistolet anesthésiant ou de spray calmant pour les animaux sauvages pour nous filer un coup de main : c’est entre Marie-Féroce, sa boîte de transport et nous. C’est un peu notre « boss de fin » à nous.

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En toute honnêteté, ça fait quelques jours qu’on sent le truc arriver donc on a anticipé en achetant des gants, au cas où. Mais attention, pas des petites moufles mignonnes pour descendre les pistes à Chamonix ! Non non ! Des gants de compétition, bien renforcés. Le genre de gants que tu mets pour faire du bricolage et avec lesquels, même si tu manques de te planter un clou dans le doigt, ça ne traverse pas (sauf si tu tapes sur le marteau comme une brute par ce que tu veux vraiment faire rentrer le clou dans ton doigts mais bon, là t’as un autre souci. Et tu es limite motivé à l’idée d’aller attraper Marie-Féroce. A mains nues. …. Tu fais un truc là, tout de suite, dans l’immédiat ? Tu es à Biarritz ?). On a les gants parfaits, donc. Il y a bien quelques endroits où le renfort est moins épais pour pouvoir bouger les mains mais on ne va pas pinailler.
On a les mains bien protégées, c’est bien. Mais, on fait quoi du reste de notre corps ? On en vient à mon plan. Un plan que mon cerveau angoissé a pu faire mûrir jour après jour depuis qu’on sait qu’il n’y a aucune chance que le fauve soit calmé pour le jour J.

Jeudi

Moi : Je crois que je sais comment on va faire dimanche. Je vais entrer, la plaquer au sol. Comme ça je l’attrape, toi tu arrives avec la boîte et je la fous dedans. Ça va aller hyper vite, c’est notre meilleure chance.
M : C’est sûr qu’il faut aller super vite. Mais donc c’est toi qui va rentrer ? Tu as décidé… ?
Moi : (j’avais pas bien réalisé les implications de cette idée à la con)…. Oui… Oui. Je vais m’en occuper (vous voyez ce moment dans Armageddon, quand Bruce Willis se sacrifie pour sauver la planète ? Bah ça y est, je sais PILE ce qu’il ressent. Sauf que moi, c’est en vrai, quoi. Petit joueur, Bruce.)
M : Et moi j’entre quand ? Quand tu la tiens ?
Moi : Oui, je te le dirai. Ou si je panique, je crierai juste « Boîte ! Boîte ! »
M : Boîte. Boîte… ? Ok.

Vendredi

Moi : Tu sais pour mon plan pour attraper Boubou (que celui qui n’a pas de petit surnom cul cul en privé lui jette la premieNON NON STOP ! On ne lui jette rien du tout ! N’allez pas nous l’énerver encore plus, merci !).
M : Oui
Moi : Je vais mettre un des masques de plongée pour les yeux. Au cas où. Je me sentirai plus en confiance.
M : T’as raison, c’est une bonne idée.

Samedi

Moi : Je repensais à quand on va attraper Boubou…
M : Oui… (M n’est pas contrariante. M est très patiente aussi.)
Moi : Je vais mettre 2 pulls pour faire une bonne épaisseur. Et tu me scotcheras les gants aux bras. Comme ça on sera sûr qu’elle ne va pas me les arracher. On sait jamais.
M : Si tu veux, oui, bien sûr.

Dimanche
(Vous êtes sûr qu’on n’est pas encore samedi…. ?)
C’est parti. On ne peut plus reculer. J’enfile jeans et bas de survêtement. J’ajoute un tee shirt, un sweat et un hoodie à capuche. Bref, je suis le plan. Ça commence à prendre forme. Chaque nouvelle épaisseur me donne un peu plus confiance. Un peu plus chaud, aussi… Masque de plongée, foulard, capuche. On y est presque. M. scotche les gants à mes poignets. Je suis fin prête. Et aveugle aussi, vu que je respire dans le masque qui est désormais rempli de buée !

M : Franchement, pardon mais ça mérite une photo !
Moi : OK mais après, quand on aura fini (La vérité ? Je flippe tellement que j’ai hâte qu’on en finisse !). Bon, on peut y aller…
M : Je vais vraiment t’enfermer dans la pièce avec elle…?
Moi : Oui. Mais quand je crie « boîte », tu rentres tout de suite !
M : Ok

On décale la table qui tient le banc qui tient la porte, puis le banc qui tient la porte (coup de chaud. Niveau d’embuage du masque maximal) et enfin, M entrouvre la porte. J’entre en espérant secrètement que Marie-Féroce sera un peu calmée. Indice : pas du tout. Et si j’en crois l’expulsion frénétique et à l’horizontal d’une série de petites crottes, je pense que ma tenue la panique encore plus (désolée meuf mais je ne vais quand même pas entrer dans l’enclot du tigre à poils !). Ce n’est pas le moment de tergiverser : la porte se referme derrière moi, Marié-Fé est tapi contre la porte d’entrée. Je me jette au sol pour la maîtriser à l’aide d’un plaid. Mes mains se referment autour d’elle. Ses dents se referment autour de mes doigts. Je la maitrise (ouais bon, ok : on se maîtrise l’une l’autre). C’est le moment :

Boîte ! Boîte ! (en vrai j’ai peut-être juste crié « HAAAAA HAAAAAA » mais M a compris.)

M, bien équipée aussi, faut pas déconner (ambiance gants, pull et masque de plongée) rentre avec la boîte. Je soulève Marie-Fé du sol et tente de l’introduire dedans. C’est bon, elle y est ! Je la lâche et…. elle reste suspendue à mes doigts (oui, par les dents, oui, tout à fait) ! Et comme elle ne fait pas les choses à moitié, elle se met à se débattre de toutes ses forces à tel point qu’elle parvient à littéralement démonter la boîte. Le truc est en trois morceaux !

Moi : On sort ! On sort !

On remonte la boîte et on y retourne. Et là, mauvaise surprise : Marie-Fé s’est glissée dans un coin, sous une étagère. C’était déjà pas simple, ça devient une galère sans nom. Marie-Proprio arrive dans une heure et demi : elle va nous trouver toutes les deux au milieu de son salon, chacune un morceau de boîte de transport dans les mains, un look que Dexter ne renierait pas et, derrière la porte, les hurlements d’un fauve en panique. Ça va être grandiose. C’est ce moment que M choisit pour avoir la meilleure idée de la journée : la boîte passe tout juste sous l’étagère. Elle bloque un côté avec le plaid et de l’autre, je pousse doucement la boîte en la rapprochant du mur. Sauf qu’entre le mur et la boîte, il y a Marie-Fé, qui n’a plus d’autre choix que d’y rentrer. Tout en douceur. Comme si elle avant toujours été ok pour le faire… Ça y est ! La pression peut retomber. On prend quand même quelques secondes pour faire un rapide état des lieux :

M : Ça va, tes mains ?
Je jette un rapide coup d’œil à mes gants et….
Moi : ENLEVE-LES MOI TOUT DE SUITE, JE VEUX VOIR MES MAINS ! JE VEUX VOIR MES MAINS !

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Donc là c’est le moment où je panique totalement. Autant la douleur, je pouvais la gérer (j’ai plus d’adrénaline que de sang dans les veines : ça aide), autant la vue des deux taches rouges qui s’étendent sur chacun des gants, c’est trop pour moi.
Tant pis, on saute l’étape « photo pour immortaliser l’instant »… Mais pour vous donner une idée, j’ai quand même fait une petite reconstitution* chez moi (sans le scotch, rapport au fait qu’à la base, c’est quand même bien utile pour d’autres trucs).

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Moi en Thomas Pesquet

M déscotche aussi vite qu’elle le peut, j’arrache les gants et on découvre enfin l’étendue des dégâts. Deux belles morsures, une à chaque main, sur les doigts. Je m’en serais passé mais finalement, même si ça saigne pas mal, c’est moins moche que je ne le craignais. Et avec tout ça, il ne nous reste plus qu’une heure avant le retour de Marie-Proprio. On pose Marie-Fé dehors (dans sa boîte hein, on n’est pas complètement timbré !) et on se met au boulot. M. court partout pour finir de ranger, sortir les valises, jeter les poubelles. De mon côté je reprends mon activité préférée de la semaine : laver, laver et encore laver. Et je n’y vais pas avec le dos de la main morte : javellisation de l’entrée, Febreze sur le canapé, les rideaux, les murs, re le canapé (parce que bon…), hectolitres de Carolin sur le parquet ! J’en ai enfin fini avec le salon quand j’entends du bruit dans la cour. Marie-Proprio est là ! M joue la montre mais Marie-Fé se mêle à la conversation :

Marie-Fé : GGGRRRrrrrraaaaaAaaaaRrrrrr
Marie-Proprio :
M : … (Mais avec un sourire façon « tout va bien YA KOI ! »)
Marie-Proprio :
Marie-Fé : MmmmmRRrrraaaaaaggrrrr
M : … Elle n’aime pas trop la boîte… Mais une fois qu’on roule, elle est cool !
Marie-Proprio : Ah ok ! Je comprends. Le chat de mon frère c’est pareil. A chaque fois qu’il l’emmène dans sa boîte. Mais c’est bien pire que la vôtre ! Et mon chien, il n’aime pas trop les transports non plus.
M : Ah bah voilà, c’est pareil ! (à deux trois détails près…)

Marie-Proprio entre. M la suit.

Moi : Bonjour. Désolée, on a presque fini. Le salon c’est bon, il me reste juste à laver la chambre.
Marie-Proprio : Oh, ne vous embêtez pas à laver, c’est pas la peine !
Moi : Ah, ok. (si tu savais…)

Derrière, je vois M me faire des signes. C’est pas clair clair mais il se passe un truc. J’essaie de lire sur ses lèvres. C’est pas plus clair. Marie-Proprio s’éloigne pour jeter un œil dans la pièce. M se rapproche :

M : Ta main ! T’as oublié de mettre un pansement !

Vous voyez, dans les films, ce moment où le héros pourrait démasquer le tueur à cause d’un tout petit détail. Ce truc qui le trahit alors qu’il allait s’en tirer ? Coup d’œil discret : le sang ruisselle littéralement le long d’un de mes doigts. J’ai juste le temps de le mettre dans mon dos avant que Marie-Proprio se retourne. On parle encore cinq minutes. Elle est ravie de l’état de l’appart (tu m’étonnes !) et…. on récupère la caution (quatre jours plus tôt je n’y aurais pas mis ma main à couper) ! Première vraie bonne nouvelle des vacances : j’en chialerais bien de joie en faisant une danse de la victoire pendant que je déchire le chèque et que je jette les confettis au-dessus de ma tête mais ça éveillerait les soupçons de Marie-Proprio donc je me contente de le plier et de le glisser sobrement dans ma poche.

On peut enfin partir, complètement KO et vraiment tristes de perdre la moitié de nos vacances mais soulagées d’en finir avec tout ce cirque ! Et cette fois-ci, pas question d’oubli de portable à la station-service ou autre : le trajet se passe sans encombre. A part peut-être cette voiture qui perd deux planches de surf sur l’autoroute juste avant qu’on passe. Les mecs ont fait ça bien, cela dit : chaque planche est en travers d’une voie différente. Mais apparemment, la chance a tourné : on roule sur la troisième (tout est prétexte à se réjouir) ! Le reste du trajet est calme. Bison Futé avait annoncé un week-end de l’angoisse mais en dehors d’une voiture-témoin spéciale Tuning automne-hiver, il n’y a pas grand monde.

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Quand tu ne recules devant rien pour un peu de confort

La principale animation du trajet vient finalement de mes doigts : d’un côté, ça gonfle et de l’autre ça gonfle ET je ne peux plus le plier. Mais allez, n’y pensons plus. Ce qui est assez facile : il suffit de me concentrer sur mon dos, que j’ai apparemment coincé en attrapant Marie-Fé…

En arrivant à Paris, la mission n°1 est de préparer un sas de décompression pour Marie-Féroce : on lui installe tout son petit bordel dans la chambre d’ami et on la libère. Enfin, quand je dis « on la libère », on fait comme d’hab, quoi. Vous commencez à connaître :

  • pied sur le toit de la boîte pour déclipser les côtés (toujours pas question d’ouvrir le loquet : j’ai déjà perdu deux doigts, ça suffit)
  • balai au travers de la poignée du couvercle
  • soulevage du couvercle à distance
  • course hors de la pièce et refermage de porte dans la seconde !

Il va lui falloir un petit moment avant d’intégrer le fait que c’est bon, elle est chez elle et qu’elle peut cesser de vouloir tuer tout ce qui s’approche. Et pendant ce temps, mes doigts continuent doucement mais sûrement de gonfler.
Cette journée a commencé il y a quoi ? 15 jours, à peu près ? On va dormir : ça ira mieux demain (j’allais faire une blague sur demain – deux mains mais on va les laisser un peu tranquilles aussi, ces deux-là).

Le lendemain matin, bonne nouvelle : mes doigts ressemblent désormais à deux belles chipos bien charnues ! Ambiance rosé et BBQ (ça se fait, du chat, au BBQ… ?) ! Cette deuxième semaine de vacances commence donc avec un planning de rêve : aller chez le médecin ! Je vous passe la galère que c’est de trouver un rendez-vous pour le jour-même en plein mois d’août… J’arrive finalement à voir quelqu’un :

Marie-Doc : Qu’est-ce qui vous amène ?
Moi : Mon chat m’a mordu aux mains et depuis, ça gonfle.
Marie-Doc : Faites-moi voir… Ah oui ! Ah mais en plus c’est un peu dégueu la bouche des chats. Je ne sais pas trop si je peux traiter ça… Attendez, je vais chercher mon collègue pour avoir son avis.
Jean-Doc : Bonjour ! Votre chat vous a mordu ?! Ah mais c’est vraiment dégueulasse la bouche des chats.
Moi :
Jean-Doc : Non mais là, nous on prend pas la responsabilité. Il faut aller aux Urgences.
Marie-Doc : On l’envoie où, aux Urgences ?
Jean-Doc : Je sais pas, comme tu veux.
Marie-Doc : Saint Antoine ?
Jean-Doc : Oui, très bien.
Marie-Doc : Mais… Ils font les mains à Saint Antoine ?
Jean-Doc : Non.
Marie-Doc :
Moi :
Jean-Doc : Allez à Pompidou. C’est pas à côté mais ce sont les Urgences de la main.

Bilan :

  • La bouche des chats, c’est dégueulasse
  • M traverse tout Paris en scooter pour m’accompagner aux Urgences de la main

C’est effectivement à l’autre bout du monde mais sur place, la prise en charge est extrêmement rapide.

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Meuf qui devrait être sur la plage mais qui, apparemment, n’y est pas.

Marie-Doc : Qu’est-ce qui vous amène ?
Moi : Mon chat m’a mordu aux mains et depuis, ça gonfle. Le médecin a préféré m’envoyer ici…
Marie-Doc 2 : Pourquoi vous marchez courbée ?
Moi : Rien à voir. J’ai super mal au dos. D’ailleurs, si vous avez quelque chose pour ça aussi, du coup…
Marie-Doc 2 : Faites voir vos mains ? Mouais… rien de grave, il aurait pu s’en charger. Mais vous avez bien fait de venir quand même… C’est vraiment dégueulasse, la bouche des chats !
Moi : J’ai cru comprendre, oui…

Fin de journée.
En tout, j’aurai donc perdu 1 semaine et 1 jour de vacances mais j’aurai gagné un traitement antibiotique, rien pour le dos (enfin si, du Doliprane : rien, donc) et une information apparemment capitale et détenue par l’intégralité du corps médical français : la bouche des chats, c’est… DÉGUEULASSE !

Avec M, on essaie tant bien que mal de sauver les vacances mais c’est quand même vachement moins facile à Paris qu’à Biarritz. Et à dire vrai, je ne suis pas hyper en forme. Ça doit être le contrecoup, ça va aller.
… Sauf que là, on se parle de moi…. Donc forcément non, ça ne va pas trop aller. Tellement pas que 48 heures après les Urgences de la main, c’est tellement le bordel dans mon corps que me voilà aux Urgences gynéco (je vous passe les détails hein, mais je ne suis pas au mieux). Je ne suis pas spécialiste mais je tente quand même de faire part de mes soupçons au médecin. Enfin… AUX MÉDECINS vu qu’au bout d’un moment, elles sont cinq dans la pièce avec moi.

Moi : Je ne suis pas sûre mais je me dis que je fais peut-être une réaction à l’antibiotique car ça a commencé quand j’ai commencé à en prendre…
Elles : Maiiiissss nonnn….. Pourquoi ce serait ça ?
Moi : …. Parce qu’avant, j’allais bien….
Elles : Vous vous faites des idées. On ne sait absolument pas ce que vous avez, on peut juste vous dire que c’est pas grave. Ça va passer tout seul. Et continuez bien à prendre vos antibiotiques parce que la bouche des chats c’est…
Moi : vraiment dégueulasse, oui, je sais.
Elles : Tant que vous n’avez pas de fièvre, il n’y a pas de raison de s’inquiéter, de toute façon.
Moi : Le truc c’est que, comme je vous le disais, j’en ai…
Elles : … Oui mais c’est sûrement pas grave. Et prenez bien vos antibiotiques !
Moi :

Je continue donc de prendre lesdits médocs et j’attends que ça passe. Sauf que ça ne passe pas. Ça  empire, en fait. Mais bon, il paraît que ça n’est pas grave. Une journée passe, puis une autre. Je cherche un peu le bout du tunnel des emmerdes mais derrière, c’est marrant, il y a encore un autre tunnel. La seule bonne nouvelle dans tout ça, c’est qu’on peut enfin libérer Marie-Féroce de son sas de décompression. Elle a l’air totalement amnésique : elle se comporte comme si elle ne nous avait pas vues depuis trois semaines : ambiance câlins et ronronnements. Aucune idée de ce qui a pu se passer dans sa tête mais bon, au moins elle va bien. Ne cherchons pas les problèmes là où il n’y en a pas, les journées sont déjà assez pénibles. D’ailleurs, il est temps d’aller se reposer au peu : un petit pipi et au lit. Et c’est ainsi que, 48 heures après les Urgences gynéco, à minuit, je débarque dans le salon, blême :

Moi : Je pisse du sang… (et j’ai tellement mal aux dos que j’en viens à me demander si je n’ai pas mal aux reins, en fait)
M : Oh putain. Je t’emmène aux Urgences !

Suite à ce petit benchmark des Urgences parisiennes, je suis désormais en mesure de vous présenter le compte-rendu suivant :

  • Pompidou en journée : top
  • Tenon – Gynéco en journée : top (même si personne n’a été en mesure de trouver ce que j’ai)
  • Tenon – Urgences générales au milieu de la nuit : vous êtes sûr que vous avez besoin d’aller aux Urgences ? Sûr sûr sûr ? Pas moyen d’attendre le matin ? Vous avez pas plutôt le numéro d’un bon vétérinaire ? (petite précision tout de même : je ne parle pas de la qualité de la prise en charge médicale :))

Les Urgences à minuit, tout le monde le sait, c’est la Cour des Miracles. J’ai l’impression d’être dans un reportage de W9. D’abord, il y a l’attente. Ils sont prévenants cela dit, ils mettent une pancarte sur le comptoir : « Le temps d’attente est estimé à quatre heures ». Peut-être que dans quatre heures, je serai morte, ON SAIT PAS (je ne panique pas du tout, c’est bien). Mais on patiente sagement… On a un peu d’animation quand les flics arrivent avec un type menotté et légèrement éméché. Bien que le monsieur soit extrêmement pénible, les mecs restent sympas, lui font la conversation, essaie de l’aider un peu…

Lui : Je ne suis pas raciste mais (oui, on atteint le point « je ne suis pas raciste mais » extrêmement rapidement) franchement, quand je vois que moi j’ai rien, je suis à la rue alors que le gouvernement loge les migrants dès qu’ils arrivent !
Les flics : Tu n’as pas de la famille qui pourrait t’aider ?
Lui : Non, ma mère est en Bretagne. Les mecs, on leur donne des aides et tout…
Les flics : Toi aussi tu as surement droit à des aides, t’as essayé d’aller voir l’assistante sociale ?
Lui : Non mais je veux pas la voir, cette conne !

Mets-y un peu du tien, Jean-Bourré, aussi !

On m’installe finalement dans un box où j’attends le médecin. Et là encore, l’ambiance est à la fête ! Une petite mamie pousse des cris déments pendant que la dame du box d’à côté vomit tout ce qu’elle a mangé ces dix dernières années, à peu près. On est bien. Bien bien bien. L’étudiante en médecine arrive, je lui raconte mes aventures et oh surprise : elle n’a absolument aucune idée de ce qu’il m’arrive « mais franchement, je ne pense pas que ce soit grave, ni que ce soit les antibiotiques ». Elle part faire son debrief au médecin qui vient finalement me voir :

Marie-Doc 286 : Bonjour. Alors, pourquoi vous venez aux Urgences à trois heures du matin ?
Moi : … (pour faire des gaufres, comme tout le monde). L’autre personne ne vous a pas expliqué ?
Marie-Doc 286 : Si si mais je ne vois pas ce qui vous amène ici au milieu de la nuit…
Moi : Le fait que je pisse du sang ?
Marie-Doc 286 : Non mais ça c’est pas grave. Tant que vous n’avez pas de fièvre…
Moi : J’en ai depuis quatre jours.
Marie-Doc 286 : …. Non mais si c’est arrivé une seule fois, c’est pas grave.
Moi : … ok (note pour plus tard : attendre d’avoir pissé deux à trois litres de sang avant de s’inquiéter, même si j’ai coché la case « fièvre » cinq fois…)
Marie-Doc 286 : Et c’est pas l’antibiotique. Donc ça, il faut bien le continuer jusqu’au bout.
Moi : (Jusqu’au bout de quoi ? Du traitement ? De ma vie ? Parce que là, clairement, je ne sais pas ce qui va arriver à terme en premier. Et si tu me dis que la bouche des chats, c’est dégueulasse, je te jure que je rentre chercher Marie-Féroce et que je te l’enfonce dans le gosier. Avec sa boîte de transport.).
Marie-Doc 286 : Bon, vous voulez quoi là, du Doliprane ?
Moi :

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Du Dol…? Non.

Marie-Doc 286 : Très bien, bon retour, au revoir.

Je repars donc :

  • Sans solution
  • Sans savoir ce que j’ai
  • Sans vacances (parce que l’un dans l’autre, on est quand même en fin de deuxième semaine…)
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Moi rentrant chez moi dans le plus grand calme

Pour finir, heureusement, M et moi sommes plutôt du genre pleines de ressources (sinon, la sélection naturelle se serait chargée de notre cas cet été, je pense…) : on déclenche le plan Orsec et on décide de partir se réfugier en lieu sûr pour tenter de se remettre de ces quinze jours un peu compliqués. Direction Copenhague pour une semaine. Ce n’était absolument pas prévu mais on ne va pas survivre à une seule journée d’angoisse supplémentaire. La première bonne nouvelle, c’est que j’arrive à bout de ce putain de traitement sans y laisser la vie (c’était pas gagné gagné). La seconde bonne nouvelle c’est que du jour où j’arrête les cachets, les symptômes et la fièvre commencent à disparaître… Très lentement, mais sûrement quand même. Et comme je me détends, le mal de dos s’estompe petit à petit. (Je retournerais bien voir chacun des médecins que j’ai croisés pendant ces dix derniers jours pour leur hurler : « Hahaaaaa ! Je vous l’avais bien dit ! » mais j’en ai un peu ma claque des hôpitaux.) Retour à la normale, en pleine forme et 100% opérationnelle : la veille de mon retour au bureau…

J’ai tellement hâte que mes collègues me demandent « Alors, c’était bien les vacances ?! »

Conclusion :

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La bouche des chats, c’est vraiment dégueulasse.

FIN
(Restez quand même jusqu’à la fin du générique : on n’est pas à l’abri d’une scène bonus…)

*Je rédige la fin de cette note de blog retranchée dans ma chambre : Marie-Féroce n’a pas trop kiffé la reconstitution de la tenue de combat. Elle a reconnu son « agresseur »…

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