Vous pensez encore que le football est un sport de garçon ?

Petite, je suis tellement fan d’Olive et Tom que quand je ne joue pas au ballon, je me passe le 45 tours du générique en boucle sur mon mange-disque. Mon père, qui joue, entraine et arbitre, m’emmène au stade avec lui tous les dimanches*. À la maison, je passe des heures dans le jardin. Je gagne 287 finales de Coupes du Monde en dribblant mon Yorkshire pour marquer le but de la victoire entre 2 buissons contre le mur en meulière des voisins.

Olive_et_Tom

Alors forcément, ça ne rate pas : arrive un moment où mon endurance de moule et moi, on finit par demander à s’inscrire dans un club. À cet époque, à l’école, je cours le 60m en plus ou moins 1/2 journée (oui, vous vous souvenez, on courrait le 60m. Pas le 50 m ou le 100 m. Le 60 m…!??), mais je m’en fous : je veux jouer au foot.

À la maison, pour le sport ou toute autre activité qu’on pourrait vouloir faire, la règle est simple :

— Tu fais ce que tu veux, mais tu fais quelque chose. Et surtout, tu finis ce que tu as commencé.

Ma maman a juste oublié de me lire l’astérisque au bout de la phrase :

— Sauf si c’est du foot. Le foot, c’est un sport de garçon.

J’espère que vous avez bien conscience de la dimension du drame qui se joue : je ne serai jamais Olivier Atton !! (Je ne serai pas Tom non plus d’ailleurs, mais ça je l’ai su assez tôt, rapport au fait que j’ai un peu peur que le ballon me fasse mal et que du coup, je suis du genre à me décaler pour le laisser filer dans le but)

Et puis un jour, à 15 ans, je découvre qu’il existe des filles arbitres officielles. PERSONNE NE M’AVAIT RIEN DIT AVANT ! J’annonce à tout le monde que je veux passer l’examen et, ô miracle, aucun refus (à dire vrai, je crois que maman est tellement persuadée que je n’irai pas au bout qu’elle ne juge pas utile de refuser).
Une fois par semaine je vais à Paris le soir après les cours pour apprendre PAR CŒUR le bouquin des règles. Et si vous pensiez que le hors jeu est le truc le plus compliqué qui puisse exister dans le sport, c’est que vous n’avez jamais eu à répondre à une question du genre :

— Un joueur tire dans la balle qui est déviée par un chien qui passait par là. Et au moment où le ballon entre dans le but, un 2e ballon atterri sur le terrain, rebondit sur vous et entre aussi dans le but. Y a-t-il but ?

Il faut croire que plus c’est tordu, plus ça me plaît : je finis 1ère  ex aequo de l’épreuve écrite**. Plus qu’à arbitrer un vrai match pour valider l’examen !
Je suis comme une dingue (et totalement flippée, soyons très clairs là dessus). Mon père m’emmène acheter maillot, short, crampons. MES CRAMPONS ! Des vrais ! Qui me vont bien (même si je n’ai pas de pénis. Fou !) Qui font « tics tics tics » quand tu marches les pieds en canard sur le carrelage du vestiaire. Bien entendu, la première nuit, je dors avec (vous avez demandé un cliché ? Ne quittez pas…)

Jour J.
J’enfile mon maillot officiellement pour la 1ere fois.
Je suis tellement stressée que je vais faire pipi. J’y retourne.
Je sors du vesti… non, je retourne faire pipi (toujours y aller 3 fois en période de stress).

Finalement, tout le monde est là : les 2 équipes (de garçons, pour ceux qui se posent la question. Je n’ai jamais arbitré de filles.), mon examinateur et mon père, qui veille au grain.
Tout se passe très bien à UN détail près (il paraît que le diable est dans les détails. C’est faux : il est dans celui-ci en particulier) : j’ai un vrai chronomètre. Un chrono de prof de sport. Un chrono AUTOUR DU COU ! Avec les boutons sur les côtés qui tapent contre moi quand je cours, forcément… Et ce qui devait arriver arrive : en pleine seconde mi-temps, je regarde le temps de jeu : 00:00. Le truc c’est remis à zéro tout seul. Tranquillement.

Et voilà comment je me retrouve, du haut de mes 16 ans, pour le 1er match de ma vie, seule au milieu de 22 mecs (qui ont tout de même un LEGER a priori sur le fait que ce soit une fille qui les arbitre) et plus aucun moyen de savoir si ça fait 10 minutes ou 3 semaines qu’ils jouent…
(Même dans « Olive et Tom », je n’ai jamais vu ça ! Il s’en passe des trucs pourtant, hein… Des mecs se font des catapultes avec leurs jambes, les goals s’envolent au fond des buts avec le ballon rapport à la puissance du tir, mais jamais, AAAAAHHH ÇA NON, JAMAIS LE CHRONO NE LES A TRAHIS !) Ma mère avait raison, j’aurais mieux fait de m’en tenir à Princesse Sarah : au pire, je me serais prise de passion pour faire le ménage et personne ne m’en aurait voulu de ne pas savoir chronométrer le temps que j’aurais mis à faire les vitres !

Princesse_Sarah

« Je me demande combien de jongles je pourrais faire avec cette pomme… »

Je regarde mon père qui est debout au bord du terrain. Je pense que mes yeux crient un truc du genre :

— Je suis tellement dans la merde ! Encore plus que si j’avais foutu un but moi-même en le faisant exprès ! (et au fait, je n’ai jamais couru autant de toute ma vie, je vais crever sur le terrain. Mais à la limite, vu les circonstances, ça va peut-être m’arranger ! Dis juste à maman que je l’aime !)

Il comprend le message, me fait signe qu’il sait où on en est et qu’il me préviendra (et que j’ai gagné le droit d’avoir une montre-chrono pour mon prochain match, si je survis à celui-ci).
Fin du match, tout va bien, j’ai mon diplôme et personne ne remarque la supercherie de Copperfield, père et fille.
On a évité l’humiliation d’un rien..!

Enfin… « évité », « évité »…
Jusqu’à ce que je sorte de la douche, que je constate un « PETIT » oubli… et que je sois obligée d’entrouvrir la porte de mon vestiaire, trempée, pour demander à mon père de me prêter sa veste de survêtement pour me sécher !!

 

CONCLUSIONS :

  • TOUT CECI NE SERAIT JAMAIS ARRIVÉ SI ON M’AVAIT LAISSÉ JOUER AU FOOTBALL POUR DEVENIR OLIVIER ATTON ET METTRE SA RACLÉE À MARC LANDERS !!! (Sauf peut-être l’oubli de serviette, ok… Mais ne parlons plus de cette histoire, c’est un peu gênant.)
  • Le football n’est pas un sport de garçon, c’est juste un sport… (Ceci dit, l’arbitrage aussi et c’est très chouette ! Si si, promis ! Du coup, au fond, je ne regrette pas vraiment… N’empêche que les sports de garçon, ça n’existe pas !)
  • Les chronomètres-colliers devraient être interdits à la vente.

 

REMERCIEMENTS :
Je tiens à remercier mon papa, sans qui 22 joueurs et moi-même serions probablement encore en train de courir sur le terrain… ❤

 

 

 

*et donc oui, comme tous les fans d’Olive et Tom, j’ai découvert avec stupeur que 1/ en se plaçant dans un but, on voit celui d’en face (le terrain n’est pas une colline) et 2/ un match se joue en moins de 5 jours
** je n’en suis pas peu fière étant donné que pendant les examens blancs (qui avaient lieu à chaque cours ou presque), on m’a d’abord accusée de tricher en copiant sur mon voisin, puis de tricher par transmission de pensées avec ce même garçon (qui n’était donc plus mon voisin vu qu’on nous avait changé de place, un peu comme en CP…)

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3 réflexions sur “Vous pensez encore que le football est un sport de garçon ?

  1. Quelle connerie ses sports de filles ou de garçons ! J’ai ri, comme d’habitude quand je te lis. Continue, ça fait du bien ! 😀

  2. La première fois que je viens ici. C’est bien écrit et ton anecdote est très drôle. Je n’y ai jamais pensé mais quelle angoisse pour un arbitre de ne pas connaître le temps écoulé.
    Je reviendrai ! 🙂

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